
Cimetière de La Paz
Cimetière de La Paz
Nécropole nationale et conservatoire d'art funéraire, le cimetière général de La Paz rassemble héros militaires, artistes et traditions andines de la mort.
Le Cementerio General de La Paz occupe une place singulière dans la capitale bolivienne. À la fois nécropole nationale, conservatoire d'art funéraire et lieu de mémoire collective, il rassemble dans un même espace les héros militaires, les figures politiques et les artistes qui ont marqué l'histoire du pays. Sa visite éclaire autant l'art bolivien que les rapports particuliers que la culture andine entretient avec la mort.
Pourquoi visiter le cimetière général de La Paz
Trois raisons principales justifient un détour par ce site, situé entre le centre historique et les hauteurs d'El Alto :
- Un patrimoine architectural pluriel, mêlant mausolées creusés dans la roche, monuments néoclassiques et néo-gothiques, et ornements d'inspiration italienne (Christs, Vierges, anges).
- Une mémoire nationale concentrée : combattants de la Guerre du Pacifique, héros de la guerre d'Acre, écrivains, musiciens et journalistes y reposent.
- Une lecture vivante des traditions funéraires boliviennes, particulièrement lors du Día de los Muertos, où l'ambiance se rapproche davantage de la célébration que du recueillement.
Le street-art bolivien y a également trouvé sa place, créant un dialogue inattendu entre fresques contemporaines et statuaire ancienne.
Histoire du cimetière
Le site naît par décret suprême du maréchal Antonio José de Sucre, signé le 25 janvier 1826, peu après l'indépendance bolivienne. L'inauguration officielle intervient quelques années plus tard, le 24 janvier 1831, sous la signature du maréchal André de Santa Cruz, alors président de la République.
Avant cette création, la coutume coloniale réservait l'intérieur des temples aux Espagnols et créoles notables, tandis que les indigènes et les métis étaient enterrés dans les atriums des églises. Le nouveau cimetière général met fin à cette ségrégation funéraire en regroupant les sépultures dans un même espace civil.
Le règlement général des cimetières, approuvé le 9 février 1940, fixe les règles encore en vigueur : les tombes sont concédées pour dix ans, à l'issue desquels les dépouilles sont incinérées ou déplacées dans des niches plus petites. L'acquisition d'une tombe à perpétuité existe, mais son coût – équivalent à dix fois le salaire mensuel moyen bolivien – la réserve à une minorité.
Que voir sur place
Le site couvre une emprise très étendue, équivalant à une quinzaine de pâtés de maisons. On y entre par une grande arche, derrière laquelle se trouvent l'église principale et le crématorium.
Les mausolées militaires
Le mausolée des combattants de la Guerre du Pacifique (1879), conflit qui opposa la Bolivie au Chili et lui fit perdre son accès à l'océan, est dominé par un soldat de marbre. À ses pieds, l'inscription « Reivindicad el Litoral » (« Revendiquez le littoral ») rappelle la blessure toujours vive d'un pays privé de façade maritime.
Le mausolée de la guerre d'Acre (1899-1903), conflit territorial avec le Brésil, est bâti en granit et abrite une statue en or du Christ.
Les figures politiques et religieuses
La tombe du prêtre jésuite Luis Espinal, assassiné en 1981, porte l'inscription « martyr de la démocratie ». Sa figure reste un symbole de l'engagement contre la dictature.
Les artistes et intellectuels
Plusieurs personnalités majeures de la culture bolivienne y reposent dans des tombes individuelles :
- Jaime Sáenz Guzmán (1921-1986), narrateur et poète.
- Oscar Gonzalez Alfaro (1921-1963), écrivain consacré à la littérature jeunesse.
- Carlos Palenque Aviles, dit El Compadre (1944-1997), musicien et présentateur de télévision devenu figure politique.
- Franz Tamayo (1879-1956), poète central de la littérature bolivienne du XXᵉ siècle.
- Gilberto Rojas Enríquez (1916-1983), compositeur du célèbre « Viva Santa Cruz », deuxième hymne du département de Santa Cruz.
Architecture et art funéraire
Les tombeaux ne sont généralement pas creusés en terre mais empilés en bâtiments, formant des murs de niches. Chaque sépulture se présente comme un petit sanctuaire vitré dans lequel les familles déposent fleurs, photographies et objets chers au défunt, censés l'accompagner dans sa transition vers l'au-delà. Les ornements les plus soignés sont reconnus comme de véritables œuvres d'art et constituent l'ossature des visites guidées proposées sur place.
Quand venir
Le cimetière se visite toute l'année. Le moment fort reste cependant le Día de los Muertos, le 2 novembre. Les familles s'installent devant les tombes pour partager les plats préférés des disparus, des musiciens jouent à la mémoire des absents, on chante et on trinque. L'atmosphère est festive, très éloignée du recueillement silencieux des cimetières européens. Pour qui souhaite comprendre le rapport andin à la mort, c'est la date de référence.
En dehors de cette journée, les matinées en semaine offrent une visite plus calme, propice à la photographie et à la lecture des inscriptions.
Informations pratiques
- Adresse : Avenida Baptista, à la lisière du centre historique de La Paz.
- Horaires : ouverture en journée, fermeture en fin d'après-midi. Vérifier sur place les horaires saisonniers.
- Tarif : entrée libre. Les visites guidées thématiques (art funéraire, personnalités, traditions) sont payantes mais à coût modéré.
- Tenue : tenue correcte recommandée, le site reste un lieu de recueillement actif.
- Sécurité : privilégier les heures de forte fréquentation et éviter les zones isolées du cimetière en fin de journée.
Comment s'y rendre
Deux options principales depuis le centre de La Paz :
- Téléphérique : la ligne rouge dessert la station Estación Teleférico Cementerio, située face à l'entrée arrière du cimetière. Le trajet offre une vue plongeante sur la ville.
- Taxi : solution la plus directe depuis les hôtels du centre, comptez une course courte.
Devant le cimetière, un arrêt de bus dessert également Tiwanaku et Copacabana, sur les rives du lac Titicaca, ce qui en fait un point de départ pratique pour les excursions vers le nord-ouest du pays.
À voir dans les environs
Le cimetière s'inscrit naturellement dans un parcours pavé sur La Paz et ses alentours :
- Le centre historique de La Paz, avec la place Murillo, la rue Jaén et le marché des Sorcières.
- Une montée vers El Alto en téléphérique pour saisir l'ampleur de l'agglomération.
- Pour prolonger le voyage historique, la Casa de la Libertad à Sucre, où fut signée la déclaration d'indépendance.
- Côté patrimoine archéologique, les chullpas de Pumiri témoignent d'autres traditions funéraires andines.
- Et pour qui s'intéresse à l'histoire industrielle et sociale, les mines du Cerro Rico à Potosí.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Non, l'accès au site est libre. Seules les visites guidées thématiques sont payantes, à un tarif raisonnable.
Aucune obligation stricte, mais une tenue correcte est recommandée. Le cimetière reste un lieu de deuil actif où des familles viennent quotidiennement se recueillir.
Oui, surtout pour comprendre la symbolique des mausolées militaires, identifier les tombes des grandes figures boliviennes et saisir les codes de l'art funéraire local. Sans guide, beaucoup d'éléments passent inaperçus.
Le 2 novembre. C'est le moment le plus animé de l'année dans le cimetière, avec pique-niques familiaux devant les tombes, musiciens et offrandes alimentaires.
Comptez une à deux heures pour un parcours libre, davantage avec un guide ou si vous photographiez l'art funéraire.
Intégrer le cimetière à votre itinéraire
Étape mémorielle facile à combiner avec une exploration du centre historique de La Paz et une montée à El Alto, le cimetière général gagne à figurer dans un circuit plus large à travers la Bolivie. Pour bâtir un itinéraire sur mesure intégrant La Paz, Sucre, Potosí et le lac Titicaca, consultez nos voyages en Bolivie.
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